Le climat artificiel

Que la raison soit bonne ou mauvaise, tout est prétexte à se prendre pour Dieu. Malheureusement, vouloir nous simplifier la tâche contribue grandement à la dégradation de notre environnement et au réchauffement climatique. Une solution ? Le climat artificiel pardi ! (shit, here we go again) Bonne ou mauvaise idée ? Je te laisse décider. 

UNE HISTOIRE D’EAU 

Tout d’abord, il faut comprendre comment fonctionne le climat. C’est un phénomène universel tout autour du globe, mais on en parle quand même au pluriel. Le climat, ou la météo, c’est une affaire de précipitation. La variable la plus influente reste la topographie mais ce n’est pas celle-ci qui les crée, elles dépendent entièrement du cycle de l’eau, lui-même géré par l’eau présente sur la planète, les rayons solaires et notre atmosphère. Ça se découpe en 3 étapes : 

  • Toute l’eau liquide présente sur Terre (lacs, océans, rivières, transpiration de tous les êtres vivants, …) s’évapore sous la chaleur du soleil et remonte vers l’atmosphère. 
  • L’eau sous forme gazeuse se condense dans l’atmosphère au contact de l’air froid et se transforme en nuage (gouttelettes d’eau). Elle parcourt de grandes distances sous cette forme. 
  • Une fois les conditions climatiques rencontrées selon la région (topographie et température), l’eau s’accumule, se transforme et retombe sous forme de précipitations (pluie, neige, brouillard, grêle, …). 

Le souci, c’est que les particules polluantes qu’on émet en quantité monstrueuse dérèglent ce cycle de l’eau. Parmi elles le CO2, le méthane, le protoxyde d’azote et tous les gaz issus de l’industrie et du transport. Ces particules absorbent les rayonnements du soleil et emprisonnent la chaleur au lieu de la laisser se dissiper. Ça crée des surplus de chaleur qui font s’évaporer l’eau plus rapidement que la normal, créent des sècheresses sur les terres (et des feux de forêts) et font fondre la glace des pôles. Le niveau d’eau (évaporée) augmente et ainsi les précipitations >>>> le climat est déréglé ! Et ça n’ira pas en s’arrangeant. 

LA SCIENCE (RE)RENTRE EN JEU 

Plus il y’a de pollution, plus la température moyenne du globe augmente. Plus elle augmente, plus il y’a d’eau. Un excès d’eau appelle à un climat moins prévisible et contrôlable. Le dernier rapport de la GIEC estime qu’on atteindra le +1,5°C critiques d’ici 2030 et qu’il faudra neutraliser 100 à 1 000 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2100 pour redescendre sous le seuil de 1,5°C si jamais on le dépasse. 

C’est à ce moment précis qu’intervient la géo-ingénierie, aka le climat artificiel ou la manipulation de la météo à grande échelle. Le but est de modifier les pécipitations afin de les intensifier ou les dissiper. Cette science ne date pas d’hier, ces premières apparitions datent de la SGM et de la Guerre Froide, et son application fut prouvée durant la Guerre du Vietnam, lors de l’opération Popeye. Les USA ont répandu de l’iodure de sodium dans les nuages, ayant la particularité d’agglomérer la vapeur d’eau en goutte, afin de prolonger la pluie lors des moussons et bloquer les lignes de communication. Aujourd’hui les objectifs sont tout de même plus nobles et se découpent en 3 axes principaux :  

  • Modifier la météo localement pour des raisons de sécurité ou économique. Grâce à l’ensemencement (dispersion de composés chimiques ou minéraux dans le ciel, la terre ou la mer), il est possible de dissiper le brouillard, accentuer/prolonger la neige ou la pluie, supprimer la grêle (la fusée para-grêle pour l’agriculture), atténuer la puissance d’un cyclone, limiter les éclairs, … 
  • Limiter les rayonnements solaires. Des chercheurs envisagent de disperser des aérosols dérivés du souffre qui modifient la couleur de l’atmosphère (transparente de base) pour limiter la quantité de rayon la traversant. L’envoi de miroir réfléchissants en orbite est également évoqué, il s’agit de bloquer voire renvoyer entièrement les rayons solaires avant qu’ils ne pénètrent l’atmosphère. 
  • Capter le CO2. Plusieurs méthodes sont en cours d’expérimentation comme l’enfouissement du CO2 industriel dans le sol, la plantation de végétaux à haut taux de captation de CO2 pour ensuite en faire de la bioénergie et restocker les gaz dans des réservoirs géologiques (BECCS). Ou encore ensemencer le fond des océans de fer pour booster le développement des phytoplanctons qui se nourrissent du CO2 dans l’eau. 

On sait aujourd’hui que les Émirats Arabes Unis crée des pluies artificielles en diffusant des cristaux de sels dans les nuages afin de faire redescendre la température lorsqu’elle atteint les 50°C. La Chine avait empêché la pluie de tomber sur la capitale pour les JO en 2008. Elle prévoit de mettre en place un système d’ensemencement capable de modifier les précipitations sur la moitié de son territoire d’ici 2025 (5,5 millions de km², aussi balèze qu’effrayant). 

DES ZONES DE VIDE 

L’idée a beau être attirante, elle laisse énormément de doutes sur son passage. Premièrement, la modification artificielle “chimique” du climat a des effets limités dans le temps et l’espace. Il faudrait donc y avoir recours à répétition. Ensuite, la majorité des solutions proposées sont plus axées sur la correction des actions déjà néfastes de l’homme que sur le changement actif des méthodes de production et d’utilisation des ressources (tu sens arriver le cercle vicieux ?). En plus de représenter un risque pour la biodiversité, les chercheurs ont peu ou pas de données sur les effets secondaires provoqués par les précipitations forcées. Mais il est certain que les contrecoups seront sans pareil d’un hémisphère à l’autre (aka l’effet papillon). 

Juridiquement parlant, personne n’est au point non plus. 73 pays ont signé la Convention ENMOD de 1978 pour interdire l’usage militaire de la géo-ingénierie après la Guerre du Vietnam. À part la Convention de Londres, qui porte sur les rejets de substances dans la mer, aucun autre traité n’encadre réellement cette science. Il y’a donc peu de réglementations pour les usages civils, industriels ou gouvernementaux, et le manque de cohésion dans les actions climatiques peut avoir de graves répercussions écologiques sur les régions/pays voisin(e)s. Les enjeux politiques sont donc énormes, surtout pour les pays dont l’économie repose sur l’agriculture.  

Pour couronner le tout, les plus grands financeurs de ces projets coûteux (et/ou de leurs start-ups) sont les militaires (USA, Chine, … pour l’armement), des milliardaires comme Bill Gates et Richard Branson et les firmes majeures dans l’énergie fossile telles que BP, ExxonMobil ou la Royal Dutch Shell.. Du coup, il faut prendre du recul sur l’intérêt collectif du climat artificiel car deux choses sont sûres, il n’est pas sans danger et aucune solution ne vient sans contrepartie. Peut-être vaut-il mieux accompagner les cycles naturels du climat et s’y adapter plutôt que de vouloir le modifier à tout prix ? 

Aller je vous laisse approfondir vous-même, la bise ! 

PS : L’effet de serre naturel de la planète est dû à la vapeur d’eau et aux nuages. Ils gardent sa température moyenne à 15°C, idéal pour le développement d’êtres vivants. 

Si t’es encore chaud, on t’a préparé une petite story sur « Les 2 années les plus chaudes » pour t’aider à comparer !

Pour aller plus loin ? 

1 Commentaire
  • Mark
    Publié à 20:56h, 14 septembre Répondre

    Thanks for your blog, nice to read. Do not stop.

Poster un commentaire